COLLOQUE DE L'UNESCO COTONOU 2007

Discours de Mgr Marcel Agboton

Mgr Marcel AGBOTON

Archevêque de Cotonou (Benin) 

Madame la Ministre,

Monsieur le représentant du Directeur Général de l’UNESCO,

Honorables représentants des différentes confessions religieuses,

Messieurs les professeurs et Experts,

Mesdames, Messieurs,

L’Eglise Catholique au Bénin salue l’initiative de ce Colloque international sur  « le dialogue des  religions endogènes, christianisme et de l’islam au service de la culture et de la paix »

Point n’est besoin d’être un analyste chevronné de la géopolitique internationale pour se rendre compte que l’Afrique est à la croisée des chemins et qu’au début de ce troisième millénaire de l’ère chrétienne, se joue pour elle un enjeu historique de taille : ou elle saisit l’opportunité de la démocratisation du Continent et se donne les moyens d’un développement intégral durable ou elle se marginalise durablement. Une telle opportunité ne pourrait être saisie que si la question combien délicate et complexe de la réconciliation, de la justice et de la paix est prise à bras le corps. C’est dans ce sens que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, à la suite de son Prédécesseur de vénérée mémoire, Jean-Paul II le grand, a convoqué pour bientôt à Rome une Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques sur le thème de : « L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix : ‘Vous êtes le sel de la terre…Vous êtes la lumière du monde’ (Mt 5, 13. 14) »

Témoin du Christ, Prince de la paix, dans une Afrique qui a connu récemment de graves déchirures intertribales et qui continue de vivre des drames qui interpellent tout autant la conscience de tous, comme le Darfour, l’Eglise a conscience qu’elle n’aura pas à travailler toute seule sur ce terrain de la réconciliation, de la justice et de la paix. Avant les gouvernants et les organisations internationales, dont elle ne manque pas d’apprécier grandement la collaboration, elle discerne comme ses partenaires naturelles les autres religions comme elle, quoique d’une manière différente et avec différentes propositions sens, les différentes religions travaillent toutes à toucher le cœur de l’homme et à l’éveiller aux choses essentielles qui permettent de jeter un regard renouvelé sur toutes choses éphémères. Nous savons que ce sont ces choses  éphémères qui sont souvent, malheureusement, au cœur des conflits où un prix cher est toujours payé : le vie de tant d’hommes, de femmes et d’enfants, C’est dans ce sens que l’Eglise Catholique accueille avec joie le Colloque de Cotonou.

Aurelius Augustinus, fils d’Afrique, né à Thagaste (aujourd’hui Souk-Ahras en Algérie) et mort à Hippone (aujourd’hui Annaba), romain d’Afrique, maître de la pensée et de la culture latines, dont l’œuvre est comparée à celle de Cicéron, fils et Evêque de l’Eglise Catholique, dont le pays est aujourd’hui à dominante musulmane, est sans doute celui qui a le mieux exprimé, dans un genre littéraire dont il a été l’un des initiateurs - les confessions - ce qui fait le cœur de la recherche commune qui nous rassemble ici à Cotonou, sous l’égide de l’UNESCO, pour ces deux jours de réflexion et de partage : « Tu nous as fait pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ».  Si la paix du cœur de l’homme dépend de son repos en Dieu, la promotion d’une culture de la paix sera avant tout l’œuvre des religions qui touchent directement les consciences humaines. La réponse à la  question de savoir si l’homme peut s’adresser à l’autre en établissant une relation authentique de personne à personne dont dépend la réponse au problème politique de la possibilité des contrats et d’une histoire pacifiée, porte en amont l’exigence d’une ouverture à la transcendance ou à l’infiniment plus profond. Les deux sens dans lesquels est comprise l’étymologie latine de religio le corroborent bien. Si, à la suite de Lactance et Tertullien, c’est l’idée de ligare, religare (lier, relier) qui est accentuée, la religion apparaît comme ce  qui relie fondamentalement. Si, au contraire, dans la ligne de Cicéron, c’est l’idée de legere et religere (cueillir, recueillir) qui est mise en avant, la religion apparaît comme ce qui offre à l’homme cette capacité unique de revenir à lui-même pour donner sens à sa parole et à son agir, au monde et aux évènements qui s’y déroulent.

L’Eglise du Christ, Verbe de Dieu, qui a pris l’homme comme chemin pour aller vers l’homme, a toujours été attentive, par-délà les aspérités de l’histoire, à cette recherche fondamentale qui est au cœur de l’homme. A l’image de son Divin Maître qui a su, en son temps, déplacer les barrières, et mieux, dans sa mort sur la Croix, abattre le mur de la haine qui divisaient Juifs et gentils, l’Eglise a su indiquer pour notre temps la direction dans laquelle elle pense ouvrir aux peuples le chemin de la paix véritable. Deux déclarations fortes du Concile Vatican II, toujours actuelles, affirment sans détour le grand respect que mérite chaque religion, et au sein de chaque religion et dans toute société humaine, le caractère sacré de la conscience humaine, sanctuaire inviolable de liberté religieuse : Nostra Aetate (Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes), Dignitatis Humanae (déclaration sur la liberté religieuse).

Les documents ecclésiaux postérieurs n’ont fait qu’approfondir ces deux déclarations et éclairer les gestes prophétiques que les souverains pontifes ont posés ça et là dans le sens de ce Dialogue interreligieux. Les rencontres d’Assise initiées par le Pape Jean-Paul II, les rencontres qu’il a eues avec les représentants des différentes religions au cours de ses multiples pèlerinages dans notre village planétaire, celles qu’il a eues ici même au Benin, avec les Dignitaires de la religion islamique ainsi que ceux de la religion Vodun, constituent autant d’attestations de la compréhension que l’Eglise Catholique a de la rencontre avec les autres religions.

Si, dans sa mission universelle, l’Eglise a déjà la vocation de rejoindre tout homme, quelle que soit sa religion, elle veut favoriser aussi au bénéfice des peuples et des cultures une collaboration institutionnelle, un Dialogue structurel en vue de la Paix et du Bonheur de tout homme et de tout l’homme. C’est dans ce sens qu’après l’insistance du Pape Jean-Paul II sur l’instance éthique du Dialogue interreligieux, le Pape Benoit XVI qui, dès le début de son  Pontificat, a orienté le regard des chrétiens, des croyants et de tout homme de bonne volonté vers l4amour qu’est Dieu, voudrait mettre au centre du Dialogue la question de  la Raison. L’inviolabilité de la Conscience et le service de la Raison constituent donc les deux rails sur lesquels le train du dialogue interreligieux pourra rouler pour assurer à l’Afrique un devenir harmonieux.

En souhaitant plein succès aux travaux de ce colloque, je voudrais en communion avec tous les Evêques Catholiques du Bénin implorer sur tous les participants et acteurs la Bénédiction Divine.

Daigne le Tout-Puissant et Miséricorde que nous invoquons tous comme Père, faire de nous, chercheurs et hommes de Dieu, des artisans de Paix, avec l’ambition développer non seulement une « Culture de la Paix » mais aussi une « Spiritualité de la Paix » ici en Afrique, et pourquoi pas, dans le Monde

Je vous remercie

Mgr Marcel AGBOTON

Archevêque de Cotonou (Benin)