thème n°1 : L’Afrique des interdits ou du respect des lois de la vie et son approche du développement : De l’éducation traditionnelle dans le sud-Bénin adja-fon
RAPPORT DE LA CONFÉRENCE SOCIALE MENSUELLE DE L’I.A.J.P. DU 12 FEVRIER 2009
L’Institut des Artisans de Justice et de Paix (I.A.J.P), fidèle à sa tradition, a tenu sa première conférence sociale mensuelle le 12 février 2009 dans la grande salle de conférence sur le thème : « L’Afrique des interdits ou du respect des lois de la vie et son approche du développement : De l’éducation traditionnelle dans le sud-Bénin adja-fon ». Ce thème a été développé par Monsieur Codjo SODOKIN, Sociologue, Docteur en études des civilisations et diplômé d’Etudes Supérieures Spécialisées en Développement rural.
L’orateur, dans son introduction, a circonscrit le milieu adja-fon qui couvre le sud du Bénin jusqu’à la hauteur des plateaux du Couffo à l’ouest et d’Abomey au centre, débordant sur celui de l’Ouémé à l’est. Des populations de même culture se retrouvent au Nigéria et au Togo. Si le groupe adja-fon est un terme composé qui illustre le cosmopolitisme, il a des instruments culturels propres pour mieux s’organiser, ajoutera l’orateur.
Dans une approche conceptuelle, le conférencier a décrit la nature de l’éducation traditionnelle en milieu adja-fon. Elle se fait d’abord et surtout dans la famille, berceau des rites et croyances que pratiquent les tribus depuis les temps immémoriaux, sans oublier le tiers milieu caractérisé par la rue, la classe d’âge, les mouvements initiatiques de jeunesses, etc. Il ajoutera que de ces rites et croyances est déduit le code de vie, éducation morale à laquelle les peuples concernés font référence.
La femme dans le milieu adja-fon est sacrée, surtout lorsqu’elle est en état de grossesse. Aux dires du Dr SODOKIN, cela est dû au fait qu’elle porte une sublime responsabilité qui est de donner la vie à un être humain. Dès lors, elle doit respecter certains préceptes jusqu’à l’accouchement ; rien que pour protéger le nouveau né.
Au sujet de la relation entre l’homme et la femme, l’exposant les a présentés comme deux adversaires qui s’aiment mais sont toujours sur la défensive l’un contre l’autre. La femme, contrairement à ce qu’on en dit a un fétiche primordial : son sexe. Ce que l’homme ne doit pas voir en temps de disputes. Lorsque sa femme, en colère, l’exhibe, c’est une malédiction. De son côté, l’homme, pour maintenir son indépendance et son ascendance face à cette puissance féminine a besoin de mobiliser les fétiches du clan. En outre, l’exposant n’a pas manqué de faire cas de l’adultère et de sa gestion en milieu adja-fon, de même que la vie de la femme au foyer avec ses rivales (les coépouses).
Abordant la question du développement, le conférencier a d’emblée estimé que le développement est l’autre nom de la culture. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il affirme que tradition et développement ne s’excluent pas et que l’éducation pourrait être la clef du développement.
En effet, poursuit-il, l’aspiration la plus profonde de l’univers adja-fon est incontestablement la soif de l’unité, le désir de cohésion, donc la paix dans l’âme, condition si ne qua non pour accomplir un développement durable, car l’émergence n’est possible que lorsqu’il y a convergence. Ceci pour dire en définitive que l’éducation traditionnelle est le soubassement du développement.
Mais le conférencier précisera que le développement ne se limite pas aux ressources matérielles et aux moyens de production ; il prend en compte les valeurs qui mettent l’homme et la nature en symbiose voire en osmose, car chaque homme est avant tout riche de sa santé, de son savoir, de son savoir faire, de son savoir être, des relations qu’il entretient avec les autres (visibles ou invisibles), des réseaux dont il est membre, des langues qu’il est parle.
Ainsi, à la question du sous-développement, le Dr SODOKIN répond sans ambiguïté en soulignant que le sous-développement qui nous caractérise actuellement est au fond une sur culture enviée par les sur-développés qui sont sous-culturés.
En conclusion, le conférencier a laissé entendre que l’homme ne devient homme que parmi les hommes et c’est à travers l’analyse de ce qui fait l’originalité de ses relations dans la famille africaine qu’il est possible d’en apprécier les vertus. Le « je » et sa solitude égoïste ne résiste pas au « nous » signe de relations de solidarité profonde dira-t-il pour conclure. Les débats, riches et variés, ont permis aux participants de s’exprimer sur différents aspects du sujet.