Conférence sociale du 14 mai 2009

thème n°4 : L’Afrique des interdits ou du respect des lois de la vie et son approche du développement : De l’éducation traditionnelle dans le nord-Bénin bètammaribè

RAPPORT DE LA CONFÉRENCE SOCIALE MENSUELLE DE L’I.A.J.P. DU 14 MAI 2009

 

IMGP0670Le jeudi 14 mai 2009, s’est tenue la quatrième conférence sociale mensuelle de l’année 2009. En cette occasion, l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (I.A.J.P) a reçu  l’abbé Victorin YEKOU, vicaire sur la paroisse Notre Dame du perpétuel secours de kérou, dans le diocèse de Natitingou. Ladite conférence a porté sur le thème : « L’Afrique des interdits ou du respect des lois de la vie et son approche du développement : De l’éducation traditionnelle dans le nord-Bénin bètammaribè».[1]

A l’entame de son exposé, le conférencier a d’emblée planté le décor dans son introduction quand il dit qu’ « il est important de noter que dans cette quête de la découverte de l’éducation traditionnelle dans le nord-Bénin Bètammaribè comme solution possible au développement, il ne s’agit pas d’opposer la tradition à la modernité ni de vouloir démontrer, à travers un quelconque antagonisme historique, la primauté de l’une sur l’autre. Elles évoluent dans un mouvement perpétuel de construction et ou de reconstruction sociale dans lequel l’éducation traditionnelle, épurée de sa rigidité structurelle, peut servir de socle naturel à l’édification d’un modèle de développement endogène ». Cette ouverture qu’il a faite l’a conduit à adopter un plan en cinq parties.

Dans la première partie de son intervention, l’abbé Victorin a donné un aperçu global des caractéristiques de la société traditionnelle bètammaribè qui se résument au fait que l’éducation se transmet en référence au passé. Ainsi, dira-t-il, « à l'opposé de la société moderne qui, à partir d'une réflexion abstraite, projette dans l'avenir les conséquences probables d'une situation actuelle, l'homme traditionnel se tourne vers les enseignements du passé pour y prélever la solution qu'il estime être la meilleure. C’est ce que traduit cette sagesse proverbiale de notre pays : « la nouvelle corde se tresse au bout de l’ancienne.» Il y a une très forte continuité dans les activités de la vie traditionnelle, et le passé, gage du présent »

Partant de cette base, les fondements des communautés bètammaribè sont la famille, le sens communautaire et la religion. En effet, la famille dans ce milieu est avant tout patrilinéaire. Il revient donc au père d’assumer le respect des coutumes. On remarque toute de même une prévalence des oncles maternels dont les avis dans tous les domaines sont importants. Le sens communautaire implique le fait que l’enfant appartient à toute la société qui le protège, l’éduque et le forme. Et dans cette formation, surtout au cours de l’initiation, la religion joue un rôle capital.

IMGP0690En terme de cadre où cette éducation se meut, la famille demeure le noyau central, de même que la classe d’âge. En fait, selon le conférencier, « du point de vue anthropologique et culturel, la famille africaine est le lieu d’éclosion de la vie humaine et sociale, le lieu primordial des relations diverses, le lieu des aspects positifs des relations humaines, et aussi le lieu des aspects négatifs. » La classe d’âge vient en relais à la famille. Elle fait référence à un regroupement de jeunes filles ou de jeunes garçons appartenant à la même génération, habitant le même quartier ou le même village, partageant les mêmes activités et les mêmes loisirs. C’est un tremplin qui ne coupe pas le jeune garçon ou la jeune fille de sa famille.

« L’homme traditionnel » étant méticuleux sur les enseignements à donner aux descendants, l’éducation en milieu otammari requiert des étapes. Sur ce point, le conférencier a mis en exergue trois principes à savoir le principe de séniorité, le respect et la solidarité. En effet, dira l’exposant en s’appuyant sur une sagesse proverbiale : « Le vieillard assis voit plus loin que le jeune homme debout. » Ceci pour montrer la rigueur qui caractérise cette éducation.

IMGP0692Et pour finir, l’abbé Victorin, dans la dernière partie de son intervention, s’est donné à un essai qui a mis en relation l’éducation traditionnelle otammari et la notion de dévéloppement. Premièrement, il fait noter que « la portée éthique de l’éducative traditionnelle vise avant tout à modeler un homme imbu des valeurs de son milieu, à forger « l'honnête homme » capable de faire face à la vie » Deuxièmement, il fait observer que « la stabilité des sociétés bètammaribè était garantie par des institutions, des pratiques et des rites qui garantissaient une certaine stabilité sociale et permettaient le développement. » Enfin, il fait allusion aux palabres qu’il qualifie de véritables juridictions de la parole et constituent incontestablement une caractéristique de la société otammari et l’expression d’une véritable culture de paix. La pertinence de cet essai a été également mise en lumière dans la conclusion de son exposé quand il fait le constat de la mutation actuelle de l’éducation traditionnelle otammari. Il s’exprime en ces termes : « Tous [les jeunes] veulent faire revivre et maintenir intacte la culture authentique des Bètammaribè, faite de solidairité de pureté de mœurs, de respect de l’autre, de sa dignité et de sa vie. » Le pourront-ils ?

C’est à partir de cette interrogation que les participants à cette quatrième conférence sociale ont échangé leurs différentes préoccupations.

 



Au singulier, on dira Otammari et au pluriel, bètammaribè. Ces termes veulent dire « autochtone ».