thème n°5 : La famille villageoise béninoise et l’éducation des enfants aujourd’hui : influence traditionnelle et influence postmoderne
RAPPORT DE LA CONFÉRENCE SOCIALE MENSUELLE DE L’I.A.J.P. DU 16 JUILLET 2009
Le jeudi 16 juillet 2009, au titre de la cinquième conférence sociale, l’IAJP a reçu M. Amédée Joseph ODUNLAMI, enseignant à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (FLASH) de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Il a entretenu le public sur le thème : « La famille villageoise béninoise et l’éducation des enfants aujourd’hui : influence traditionnelle et influence postmoderne ».
Dans son introduction, le conférencier, en paraphrasant Paulo Freire, a axé sa réflexion sur la déclaration de deux anciens ministres de l’éducation qui ont reconnu que le système éducatif béninois était une machine à fabriquer des chômeurs. En une décennie, il a entendu deux fois cette déclaration. L’état des lieux montre que le Bénin n’est pas le seul pays africain touché par ce constat désolant sur le système éducatif. Ce qui l’amène à se poser la question suivante : est-ce une consolation ou une moindre désolation de savoir qu’une mort est moins pénible lorsqu’on n’est pas seul ? Le scénario est le même partout en Afrique car l’objectif est de former l’africain pour l’ailleurs et faire de lui un acculturé de son propre milieu. Est-il donc sage de rechercher d’où l’on vient lorsqu’on ne sait pas où l’on va, s’interrogea le conférencier ?
Abordant le développement de sa communication, M. ODUNLAMI a d’abord fait une approche conceptuelle qui a mis en exergue la cosmogonie des sociétés humaines, la philosophie des peuples, la culture, la politique et l’éducation. D’emblée, la cosmogonie, selon le conférencier, peut être considérée comme le discours explicatif que les peuples donnent de leur environnement, du connu et de l’inconnu. C’est de là que se construisent l’identité de la personne humaine, les normes, le permis et l’interdit ; fondement de toute philosophie. Et en matière philosophique, c’est ce discours qui se systématise par la réponse aux questions que toute société se pose : Qui suis-je ? D’où je viens ? Que suis-je en droit d’espérer ? En effet, ces réponses étant spécifiques à chaque milieu, l’exposant conclura qu’il est permis de déduire qu’il n’y a pas de peuple sans un système philosophique propre ; il n’y a donc pas de système philosophique qui soit universel.
Que dire alors de la culture ? En effet, la culture est l’ensemble des croyances, valeurs, normes, technologies, comportements, us et coutumes qu’une société transmet d’une génération à l’autre. C’est cet ensemble, issu du plus profond des peuples, qui enracine, profile, indique les repères et identifie l’homme. Il va de soi que tout homme, tout peuple qui perd sa culture se perd et perd son âme, ajoutera le conférencier. Politique et éducation entretiennent une relation forte au point où M. ODUNLAMI finira par dire que « toute école est la fille d’une politique ».
Mais de nos jours, constatera le conférencier, le drame africain est que particulièrement depuis les années 60, l’éducation familiale est désarticulée par la rupture des familles avec l’endogénéité et par les contraintes d’un univers très matérialiste tandis que l’école brille par son inefficacité aux plans interne et externe. Ainsi, poursuit-il, les « produits » de l’école manquent de repères aux plans humain, matériel et spirituel. Les aînés qui offrent une image pitoyable d’avidité, de rapacité et d’indignité sont plus sources de désarroi que de bouée. Mais à la base de cette situation, le conférencier précisera qu’il y a la déculturation et l’enculturation des peuples.
En effet, déjà en 1945, M. Delage, Inspecteur Général déclarait : « Nous devons nous rappeler que le but de l’enseignement, est moins de sauvegarder l’originalité des races colonisées que de les élever vers nous ».[1] Cette déculturation va s’opérer par la diabolisation des croyances et pratiques religieuses, rituelles, cultuelles. De l’autre côté, l’enculturation sera confiée à l’école qui aura pour mission son ancrage de la culture française en lieu et place des cultures endogènes avec pour finalité de fabriquer des auxiliaires commis en écriture, etc. et le résultat de l’opération se lira dans la perte progressive des valeurs endogènes, l’apologie des biens matériels, spirituels, intellectuels venus d’ailleurs et un profond mépris du travail productif manuel en entreprise ou en usine, le rejet ou l’ajustement des normes, des us. En somme, et selon le conférencier, nous vivons la perte en ville et dans les villages des repères.
En réalité, en référence à la société traditionnelle, l’enfant est un don béni du ciel, il est éduqué par la famille et par toute la communauté qui lui imprime, en plus des valeurs de l’idéal humain du groupe, l’amour du travail productif, le respect du sacré, des anciens, des interdits et la strict observance des normes. La fille très tôt promise en mariage est plutôt préparée à son rôle d’épouse, de mère et de travailleuse. Mais l’implantation de l’école et l’économie de marché ont troublé l’harmonie des villages et feront rêver plus d’un, de sorte que tout lettré ou alphabétisé veut se rendre en ville. Ceux qui reviennent au village déçus, y amènent leur rancœur pour les espoirs perdus, les mauvais comportements des enfants de la rue et la paresse pour aller au champ. Dès lors, l’école vide les villages des bras valides instruits, change les données culturelles et y cultive la pauvreté. Car, cette école ne renforce pas l’économie locale et n’apporte pas des réponses aux préoccupations des habitants.
Au niveau de la ville, la traditionnalité est lointaine pour les uns et plus présente pour les autres. Ce qui donne l’impression aux enfants des villes que les autres sont moins intelligents. La ville impose des contraintes de sorte que peu d’enfants des villes reçoivent une éducation descente, et l’applique. Cela justifie le fait que l’enfant des villes au village se comporte comme un étranger ; il a tout à découvrir, tandis que celui du village est émerveillé et fasciné par la ville, mais rapidement il déchante, car personne ne s’attache à lui, tout le monde est très occupé.
La problématique se décline alors en deux points : le villageois a de solides repères mais pour combien de temps encore ? Quand au citadin africain, il se retrouve assis entre deux mondes, l’expert ou « l’akowé », sans repères, acculturé. Face à ce drame, le conférencier, dans sa conclusion a fait des suggestions prenant en compte les domaines que sont : l’éducation, l’emploi, l’agriculture et la médecine.