thème n°5 : La religion comme l’opium du peuple : quelles réflexions face à la multiplicité religieuse actuelle ?
RAPPORT DE LA CONFÉRENCE SOCIALE MENSUELLE DE L’I.A.J.P. DU 12 MAI 2011
« La religion comme l’opium du peuple : quelles réflexions face à la multiplicité religieuse actuelle ? » C’est sur ce thème combien évocateur et actuel que l’abbé Alphonse QUENUM a été invité à partager ses réflexions avec l’assistance venue en grand nombre, un peu moins de quatre vingt personnes. En effet, l’abbé Alphonse QUENUM est théologien, sociologue, polémologue et également historien. Il s’intéresse énormément aux problèmes de société et a été le premier recteur de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO) à Abidjan.
D’entrée, dans son analyse, le conférencier s’est proposé de libeller le thème de façon assez simpliste mais avec un contenu toujours dense et susceptible de permettre de riches débats. Il s’agit de : « La religion, opium du peuple en Afrique ? » Approfondissant son analyse, sa communication a été structurée en trois grandes parties à savoir :
- les origines du concept de religion comme opium
- les risques de voir la religion devenir opium en Afrique
- les antidotes aux risques de religion comme opium en Afrique
Avant d’aborder les origines du concept, l’abbé Alphonse QUENUM s’est prêté volontiers à la clarification des notions opium et religion. En effet, l’opium est défini comme ce qui agit à la manière d’une drogue, en apportant l’oubli, en causant un engourdissement intellectuel et psychologique. L’effet caractérisé par l’utilisation de l’opium est celui d’un assoupissement, d’une impuissance ou même d’une fausse euphorie. Quant à la religion, elle s’entend comme un ensemble de croyances et de pratiques qui relient l’homme au sacré et au transcendant.
En fait, la réflexion sur la religion comme l’opium du peuple est partie de l’expansion progressive au 19è siècle d’une industrialisation de l’Europe qui exploitait les couches sociales défavorisées, les prolétaires. La philosophie qui s’est alors élaborée pour défendre leur cause s’est attaquée à toute idéologie et elle a été conduite par trois grands penseurs de cette époque, Nietzsche, Marx et Freud, connus sous le nom de « maîtres du soupçon ».
D’abord selon Nietzsche, la religion apparaît comme étant une erreur psychologique, ou plus exactement comme une illusion qui tient à une confusion psychologique entre la cause et l'effet. Se montrant plus incisif, Marx ne considère pas la religion comme un opium pour le peuple. Pour lui, la religion est un opium du peuple, que le peuple s'administre lui-même pour supporter sa misère et son exploitation. Et pour corroborer ces propos, Freud, le père de la psychanalyse écrivait que « La vie est trop lourde, elle nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer de sédatifs » Et justement, c’est ce "sédatif" que constitue la religion.
Vu sous cet angle, le conférencier affirme sans ambages que dans notre Afrique d’aujourd’hui, nous ne pouvons pas dire que la religion est l’opium du peuple. Mieux, il trouve en elle une grande utilité et bien des régimes politiques souhaitent qu’elle soit là pour assurer un vivre-ensemble harmonieux et une certaine paix sociale. Il identifie toutefois des lieux où si l’on ne prend garde, l’Afrique risque de donner raison aux « maîtres du soupçon ».
En effet, le clivage entre la présence priante du fait religieux sur l’ensemble du continent et la croissance continue des maux de la société – violence, corruption, insalubrité, dégradation des mœurs, injustice sociale, impunité, instrumentalisation de la religion à des fins politiques pour conquérir le pouvoir ou pour le conserver ou encore pour entretenir des situations sociales iniques etc. – interpelle à plusieurs égards. Au conférencier de s’interroger, faudrait-il croire que la pratique religieuse en toute sa diversité n’a pas d’influence ni d’impact évidents sur les comportements des fidèles dans nos sociétés et sur les responsables ?
Ainsi pour conjurer cette situation, l’abbé Alphonse QUENUM propose la formation des citoyens au sens de leur droit et devoir. Sur le plan juridique, concernant les rapports de la religion et de l’Etat, il propose non pas un Etat laïc – qui induit presque toujours, dans la culture française, un certain agnosticisme et une distanciation forcée à l’endroit du fait religieux – mais l’Etat non confessionnel qui lui, ne se laisse assujettir à aucune confession ; il n’instrumentalise donc aucune religion, il ne rejette pas non plus le fait religieux parce qu’il sait qu’il peut être utile à une construction équilibrée de la société.
Le conférencier s’est refusé de conclure mais a invité les uns et les autres à une prise de conscience réelle car même si la religion n’est pas encore un opium du peuple en Afrique, elle est en voie de le devenir. De riches débats ont permis à l’abbé Alphonse QUENUM de donner son avis sur un grand nombre de sujets.
