THEME N°4 : LA FAMILLE EN AFRIQUE : CE QUE NOUS RACONTENT LES ANCIENS ET CE QUE NOUS VIVONS AUJOURD’HUI.
RAPPORT DE LA CONFÉRENCE SOCIALE MENSUELLE DE L’I.A.J.P. DU 21 juin 2012
Le jeudi 21 juin 2012 s’est tenue au Chant d’Oiseau de Cotonou une conférence sociale de l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP) sur le thème : « La Famille en Afrique : ce que nous racontent les Anciens et ce que nous vivons aujourd’hui ». La conférence a été animée par Monsieur Antoine DETCHENOU, professeur à la retraite de littérature française, un homme de plus de cinquante (50) ans de vie de mariage et riche d’une expérience de vie de famille et de l’éducation chrétienne dans les écoles.
Ladite conférence a été développée en deux grandes parties : ‘’La famille dans la tradition’’ et ‘’La famille des temps modernes’’.
Dans son introduction, le conférencier a d’abord distingué la famille traditionnelle (royale, lignagère et nucléaire), dont les membres sont « liés par une parenté biologique », et la famille chrétienne, issue d’un mariage « consacré par le sacrement ». Pour lui, la famille, en général, est « cet ensemble d’hommes et de femmes, vivant dans une concession, unis par des liens de sang, qui se réclament d’une même parenté biologique, menant donc une vie communautaire, reposant sur une tradition acceptée par tous et non remise en cause, soumise à l’autorité d’un chef qui est l’incarnation de la tradition de ce groupement de ceux qui sont liés par cette parenté biologique, dont l’expression unitaire se manifeste par les ''Sangnins'', icônes des ancêtres et de tous ceux qui ont vécu dans la maison commune ».
Dans sa première partie, pour présenter la famille africaine traditionnelle, il a partagé l’expérience de sa vie familiale depuis son enfance, dès l’âge de dix ans. En Afrique, dans la tradition, chaque famille avait ses coutumes et ses interdits. Ceux-ci devaient être connus par cœur et par tous, y compris les femmes l’ayant intégré par le mariage. La famille était la grande instance éducative, et l’éducation s’y dispensait par imprégnation. Il n’y avait pas de leçon de morale mais une pratique morale dont les devanciers étaient les garants du sens de l’honneur et du travail. La pierre de touche de toute l’éducation était le respect dû aux plus grands et surtout l’obéissance. L’obéissance était la valeur des valeurs, qui s’imposait à tous, non seulement à l’endroit du chef de famille, mais aussi à l’endroit de toute personne plus âgée que soi.
Dans la famille, l’autorité du chef s’imposait à tous, sans pour autant être la « patria potestas». Mais, le chef de famille n’avait aucun droit de vie et de mort sur un membre de la famille. Il assurait la cohésion au sein de la famille en réglant les conflits et en veillant à la bonne conduite de tous. C’est donc par la famille que l’enfant accédait aux valeurs en partageant ses expériences et le mode de vie avec les parents.
En ce qui concerne la deuxième partie, le conférencier a fait remarquer avec regret à l’assistance, le déclin de l’autorité familiale et la démission des parents dans l’éducation aux valeurs aujourd’hui. Par voie de conséquence, les jeunes se sont saisis de leur liberté et refusent toute contrainte venant de la famille : l’obéissance est considérée comme caduque et relevant d’un passé révolu. Comme l’a précisé le conférencier, « Ils sont devenus maîtres d’eux-mêmes et ils veulent tout vérifier par eux-mêmes…Ils se laissent charmer comme des oiseaux.». Aujourd’hui émerge une culture de pacotille qui se manifeste à travers la tenue vestimentaire, triomphe du débrayé et de l’extravagance : des garçons aux cheveux tressés portant des boucles d’oreilles, tout ceci parfois au nom de l’art.
Le déclin de la famille comme instance éducative et son remplacement par la rue dont l’éducation est une contre-éducation génératrice de contre-valeurs où se plaisent les jeunes, et le plus significatif de ces contre-valeurs est le rejet de la valeur première de toute éducation : l’obéissance. Or, l’économie de l’obéissance conduit à terme à perdre le sens même de la vie. Après ce long tableau noir de constat amer, le conférencier a mis l’accent sur son exposé en invitant les chrétiens présents dans la salle à faire un retour à la source, au fondement et au modèle dans l’obéissance : Jésus-Christ. L’obéissance du Christ a été précédée par une chaîne d’obéissances qui part d’Abraham pour culminer avec le '' Fiat '' de Marie, un oui sans lequel il n’y aurait ni Incarnation ni Rédemption, a-t-il soutenu.
Monsieur Antoine Robert DETCHENOU a pointé du doigt l’école comme origine de tous ces maux. Pour lui, l’école est le symbole de cette rencontre entre la culture africaine et la culture occidentale qui repose sur une rationalité scientifique. Il n’y a pas de rencontre de culture qui soit un exercice inoffensif. Ce que nous voyons aujourd’hui, le déclin de notre tradition, est le résultat de cette rencontre. Mais avec une note d’espoir, le conférencier dira que tout l’espoir n’est pas perdu. Ce que nous vivons aujourd’hui est plus un brouillage de la tradition que la mort de la tradition. Ce choc culturel ne peut pas anéantir notre tradition qui, par ailleurs, ne pourra jamais mourir. Car notre tradition a une capacité interne à se renouveler, « toute tradition vit, non en se répétant, mais en se renouvelant ».
Le conférencier a conclu son thème sur cette note d’optimisme en invitant l’Eglise et les familles chrétiennes à rester le noyau créateur d’une culture, en réveillant les sentiments enfouis au plus profond de la conscience collective. Si les chrétiens devenaient des prophètes du temps présent, la tradition reprendrait vigueur sous une forme nouvelle. Après la conférence, plusieurs d’interventions revenaient sur la nécessité du changement de programme de formation des jeunes dans les écoles et sur des témoignages et des perspectives de renouvellement du système scolaire en collaboration avec le gouvernement.