JUSTICE ET PAIX EN AFRIQUE

JUSTICE ET PAIX EN AFRIQUE - EXPÉRIENCE DE L’AFRIQUE DE L’OUEST (CERAO)

 

Père Raymond Bernard GOUDJO

Institut des Artisans de Justice et de Paix / Chant d’oiseau

Cotonou / Bénin

Le Séminaire-atelier continental du BICAM intitulé « La Bible et les problèmes de société en Afrique » met son point de mire sur un passage biblique déterminant, « Où est ton frère ? » Par cette interrogation, le devoir social du chrétien est pris dans son ensemble, et plus particulièrement, l’œuvre de Justice et Paix en Afrique est questionnée. Je vais essayer de répondre à cette interrogation en m’occupant exclusivement de l’espace CERAO, c’est-à-dire de l’Afrique occidentale francophone et aussi lusophone.

De la Commission Justice et Paix dans l’espace CERAO

La CERAO a souvent traité des questions globales de Justice et Paix à travers sa Commission d’Action Sociale et caritative. Mais en 2002 fut senti de façon pressante le besoin d’une Commission Justice et Paix entièrement autonome et traitant des questions spécifiques de Justice et Paix. Après un certain temps de travaux non encore achevés et d’hésitation aussi, ladite commission vit le jour en février 2006 par le dédoublement de la Commission d’Action Sociale et Caritative, en Commission de Pastorale Sociale et en Commission de Justice et Paix. Il reste à attribuer à chacune de ces Commissions un cahier de charge.

Son Président, Mgr. Marcel AGBOTON, Archevêque de Cotonou, et son Secrétaire, moi-même qui vous parle, sommes à pied d’œuvre pour la mise en place d’un réseau de communication, de concertation et de travail pour traiter plus efficacement des questions de Justice et Paix. C’est dans ce cadre que nous sommes en train de projeter pour janvier 2008, un Colloque ayant pour thème : « Stoppe la corruption et développe ton pays ! » Y seront invitées comme participants les Commissions de Pastorale sociale et des Laïcs…

Si la structure Justice et Paix de l’espace CERAO est encore balbutiante, la réalité de l’œuvre de Justice et Paix varie selon les pays en vertu des contextes économiques et sociopolitiques. En effet, les Commissions Justice et Paix varient et prennent différentes appellations selon qu’on se trouve dans un pays ou l’autre. Par exemple, le Niger parle beaucoup plus de la NVA ou Non Violence Active, un département de la CADEV (Caritas et Développement) ; Il en est de même de la Commission Justice et Paix du Burkina Faso qui fait partie intégrante de l’OCADES. D’autres pays comme le Mali, le Sénégal, la Guinée, le Cap Vert ont du mal à la détacher de l’œuvre de la Caritas nationale ; le Togo et la Côte d’Ivoire, vu leur situation politique, ont lancé vaillamment leur commission nationale. Au Bénin, il a existé, au cours des années 1980, une Commission Justice et Paix qui est morte par manque de matière de fonds à traiter. Mais un institut Justice et Paix a été souhaité et voulu pour tout le Bénin, voire l’Afrique occidentale, par l’archevêque de Cotonou d’alors, Isidore de Souza, comme tremplin de réflexion et de formation pour accompagner non seulement les Commissions Justice et Paix, mais aussi toutes les Commissions et associations ecclésiales qui mènent une œuvre sociale. Actuellement la Commission Justice et Paix est en pleine refondation au Bénin.

Mais que fait la Commission Justice et Paix dans l’espace CERAO ?

Les champs d’investigation et d’action

Justement, ce qui se fait dans l’espace CERAO, c’est : « Où est ton frère ? » relu à travers les thématiques suivantes :

L’éducation au bien et au devoir social

C’est par l’éducation permanente et continue aux valeurs sociales que les différentes couches citoyennes sentiront l’urgence d’une œuvre pionnière qui assume les principes sociaux du bien commun et de la justice sociale, de la solidarité et de la subsidiarité, de la dignité personnelle et de l’option préférentielle pour les pauvres. Ici une bonne connaissance des principes généraux et des larges perspectives de la doctrine sociale de l’Église est plus que souhaitée.

L’intégration sociale en dépit des conflits sociaux

Par le fait même que les hommes sont appelés à l’unité, ils ont le devoir de faire converger leurs différences. Ce qui suppose le conflit qui, en fait, est un enrichissement par mode de complémentarité. L’homme n’apprend et ne se grandit comme personne en communauté, et comme personne et la communauté, que quand il confronte son être et son savoir à l’altérité. La valeur même du social, et paradoxalement du conflit, n’est-ce pas de provoquer l’amitié sociale ? Tout ce qui touche aux racismes, aux ethnocentrismes, aux exclusions, peut être pensé dans ce cadre de réflexion. Il inclut aussi la notion de l’État de droit, de la liberté d’expression et de l’alternance du pouvoir, etc.

La valeur du travail humain et le développement

Il est clair qu’aucune Nation, qu’aucun peuple ne peut prétexter le développement économique, de surcroît humain, sans un travail qui se veut structuré et réfléchi vers et pour le bien de l’homme. Malgré toutes les raisons qu’on pourrait avancer, la facilité avec laquelle l’Afrique compte sur l’apport des capitaux étrangers peut devenir son goulot d’étranglement et provoquer la léthargie du non développement. Peut-on oser enfin penser l’économie comme un combat contre la rareté et comme un combat pour la bonne répartition des richesses d’un peuple, d’une Nation, d’un continent ? Il importe aussi de réfléchir sur une production prioritairement axée sur la consommation du marché intérieur de la Nation et l’Afrique. Bien que le facteur de la corruption touche déjà aux questions de l’intégration sociale et des conflits sociaux, un accent sera mis sur l’urgence de trouver un remède à ce mal qui mine vraiment l’Afrique.

 

OÙ EST TON FRÈRE ? (GN 4, 9)

JUSTICE ET PAIX EN AFRIQUE - EXPÉRIENCE DE L’AFRIQUE DE L’OUEST (CERAO)

Ce qui se fait

De façon dispersée, chaque pays de l’espace CERAO se bat seul, en vase clos, avec ses problèmes sociaux. Il m’est arrivé de constater qu’à l’intérieur d’une même Conférence Épiscopale, chaque diocèse se débrouille comme il peut. Certes, on s’informe des problèmes de l’autre, on y compatit quand des violences éclatantes se font jour, mais on n’offre pas de sa solidarité pour aider à la prévention du conflit latent ou à la résolution efficace dudit conflit. Raison pour laquelle, trois axes principaux sont en train d’être pris en considération.

Le réseau ouest-africain Justice et Paix

Le devoir de s’informer de ce que vit le diocèse voisin et le pays voisin, de considérer leurs problèmes sociaux comme les nôtres, s’impose. Un colloque organisé en novembre 2006 au Chant d’Oiseau à Cotonou a pris la résolution de lancer ledit réseau. C’était une initiative du Bénin, du Burkina Faso, du Niger et du Togo qui n’exclut heureusement aucun membre de l’espace CERAO.

S’armer contre la corruption

La corruption est souvent dénoncée sans qu’on n’aille peut-être toucher à certaines questions de fond. Si c’est un mal qu’il faut dénoncer, la corruption prend plusieurs formes. Elle est comme un acte crapuleux à sanctionner, comme un délit grave au niveau des instances gouvernantes et de l’élite. Mais elle peut être un appel au secours d’une masse populaire très mal payée qui a besoin de se débrouiller constamment. Comme susdit, en janvier 2008, un colloque organisé par la Commission Justice et Paix réunira les Commissions de Pastorale sociale et des laïcs pour réfléchir et définir un cadre logique d’actions à mettre en œuvre.

Les migrations internes et externes

Ce qui focalise notre attention actuellement, ce sont les migrations transsahariennes, transatlantiques et transméditerranéennes. Nous condamnons souvent et très sévèrement la Communauté européenne pour sa politique de rejet des Africains pauvres et de ponçage de l’élite de pointe. Mais nous n’osons pas regarder les politiques internes à l’Afrique sur la question des migrations. Quel idéal proposer et aussi quelle politique de développement préconiser pour retenir non pas par la force mais par la motivation des nombreux candidats à l’émigration transatlantique et transméditerranéenne ? Quel accueil est réservé aux émigrations transfrontalières en Afrique ? Un colloque organisé par la Commission de la pastorale des Migrations auquel la Commission Justice et Paix prit part activement ouvrit quelques sentiers à approfondir. C’était en mai 2007.

Je sais qu’il y a beaucoup d’autres choses à entreprendre et que nous sommes interpellés et invités sur de nombreux fronts. Mais je crois qu’en déblayant ce premier chemin, nous pourrons atteindre progressivement l’objectif fixé par le Christ lui-même : le bien de tout l’homme en tout homme.